Université AZAD ISLAMIQUE
Branche centrale de Téhéran
Faculté DES langues étrangères
Mémoire en vue de l’obtention de la maîtrise en littérature française
Sujet :
Jean Genet vu par Sartre
Sous la direction de :
Monsieur le Docteur Mohammad Ziar
Professeur conseiller :
Monsieur le Docteur Mohamad Reza Ebrahimi
Rédigé par :
Gholam Reza Dalir
Juin 2012
Je voudrais tout d’abord remercier
Sincèrement mon cher professeur,
Monsieur le Docteur Mohammad Ziar, qui a bien voulu diriger ce travail avec autant de compétence que de patience.
J’aime bien remercier Monsieur
le Docteur Mohammad RezaEbrahimi, mon professeur conseiller qui s’est donné la peine de lire cette recherche.
Le sort fait les parents, le choix fait les amis. Mois je vous ai choisis comme amis. Je vous aime, beaucoup moins que le Dieu, mais bien plus que moi-même.
Je vous remercie du fond du cœur, vous qui m’avez soutenue toute la vie et qui m’avez apprise que voir : c’est savoir ; vouloir : c’est pouvoir ; oser : c’est avoir.
Je dédie ce mémoire à mon père, à ma mère.
Résumé
Jean Genet (Paris, 19 décembre 1910, 15 avril 1986) voleur, taulard, déplanquant, ami des Black Panthers et des Palestiniens, est écrivain, poète et auteur dramatique. Par une écriture raffinée et riche, Jean Genet exalte la perversion, le mal et l’érotisme.
Nous cherchons à étudier les différents points de vue des critiques sur Genet notamment Jean-Paul Sartre.
Notre travail de recherche se divisera donc en 4 chapitres. La haine a joué un rôle important dans la vie de Genet. Cependant ce ne peut être une haine généralisée, c’est plutôt une haine contre un certain monde, un certain mode de vie, un certain mode de penser qu’il a conservée pendant toute sa vie.
Nous voulons alors bien chercher à comprendre si dans cette œuvre Sartre a fait de Genet une légende ou montré sa véritable existence. Cocteau le sauve de la prison à perpétuité et Sartre écrit une œuvre sur lui (Saint Genet, comédien et martyr), en faisant l’« exemplum » de sa philosophie existentialiste.
Ce livre déprimera profondément Genet et l’empêchera d’écrire, à ses propres dires[], pendant près de dix ans, tant sa « mécanique cérébrale y était décortiquée ».
C’est pourquoi notre recherche se base sur le même livre dans lequel Sartre a bien analysé psychologiquement et philosophiquement Genet et aussi par un regard existentialiste.

Tables de matière
1. Introduction ……………………………………………………………….9
2. Chapitre 1: Pensée et vie de Genet ……………………………………..13
La tragique inconscience…………………………………………………..16
Définition de l’immigration……………………………………………….17
Luxe et misère de la révolution……………………………………………17
Violence et brutalité……………………………………………………..18
La femme…………………………………………………………………24
Haine pour la France………………………………………………………25
Influence De genet en littérature…………………………………………..26
Procès politique et international de Genet………………………………..27
a. Panthères noires en Amérique……………………………………..29
b. Palestiniens…………………………………………………………30
3. Chapitre 2: Je est un autre.……………..………………………………32
Connaissance de soi………………………………………………………33
a. Complexité de la connaissance de soi……………………………..33
b. Conscience intentionnelle et connaissance de soi…………………38
c. Connaissance de soi et Présence…………………………………..44
Démence…………………………………………………………………..50
Genet sacré (saint) et martyr……………………………………………….51
Dieu……………………………………………………………………….52
Sacrifice…………………………………………………………………..54
4. Chapitre 3: Existence et Autrui…….…………………………………..57
L’être en-soi et l’être pour-soi…………………………………………….58
L’existence précède l’essence……………………………………………..60
La liberté………………………………………………………………….63
Autrui………………………………………………………………………68
Sartre, le corps et la honte………………………………………………..69
Autrui et le regard…………………………………………………………69
Le corps d’autrui…………………………………………………………..77
Relations à autrui………………………………………………………….78
a. Autrui comme sujet………………………………………………..78
b. Autrui comme objet………………………………………………..79
L’enfer, c’est les autres……………………………………………………………………80
La honte et le regard d’autrui ……………………………………………82
5. Chapitre 4: Etre et Faire………………………………………………86
Le drame sacré……………………………………………………………87
Etre voleur et méchant……………………………………………………88
Le Mal, Un travail quotidien……………………………………………..89
Avoir et Être………………………………………………………………90
Vol………………………………………………………………………..91
La raison de vol…………………………………………………………..92
L’Être et le Faire………………………………………………………….93
a. L’intention d’être…………………………………………………..94
b. L’intention de faire…………………………………………………94
c. Faire pour Être……………………………………………………..95
Le Bien et le Mal………………………………………………………….96
Le Mal: l’Autre……………………………………………………………96
Être et Non-Être…………………………………………………………..97
6. Conclusion………………………………………………………………101
7. Bibliographie……………………………………………………………106
Jean Genet vu par Sartre
L’un des mouvements littéraires le plus marquant au XXème siècle, c’est l’existentialisme qui a comme chef de fil Jean-Paul Sartre. Ce dernier qui est un écrivain de langue française, philosophe engagé dans le siècle, également dramaturge, romancier, nouvelliste et essayiste, développe sa réflexion sur différents domaines et considère qu’il est du devoir du philosophe de prendre part à l’histoire. On lui reproche parfois aujourd’hui de s’être beaucoup trompé mais il est bien plus simple et confortable de juger les événements après coup que lorsqu’on en est le contemporain immédiat. Il eut le courage de prendre ses risques avec une sincérité sans faille, fidèle à sa philosophie de la liberté. Il est l’écrivain le plus lu et commenté à travers le monde. Certains n’hésitent pas à faire du XXème siècle celui de Sartre, tant sa philosophie a bouleversé le paysage intellectuel.
Il analyse du point de vue philosophique et psychologique les écrivains variés comme Baudelaire, Flaubert et Jean Genet. Ce dernier dont l’analyse est le but de notre étude, est voleur, taulard, déplanquant, ami des Panthères Noirs et des Palestiniens, écrivain, poète et auteur dramatique. Par une écriture raffinée et riche, Jean Genet exalte la perversion, le mal et l’érotisme.Provocateur et scandaleux, il cherche à déclencher chez le lecteur, après la guerre, une prise de conscience extrême de l’extraordinaire séduction du mal.
Cocteau et Sartre voyaient en lui un moraliste alors que Mauriac se contentait de le qualifier d’« excrémentiel ». En montrant à la société le spectacle de sa propre fange, Genet accule le bourgeois dont l’ordre est régi par une violence normée (la peine de mort en étant le point culminant) : il voit dans la défaite de 1940 une occasion d’inverser les termes de cette violence, de faire du bourreau une victime méprisable.
Cocteau et Sartre encensent ce mauvais garçon de la scène littéraire française et le considèrent comme le génie de leur temps. Cocteau le sauve de la prison à perpétuité et Sartre écrit une œuvre sur lui (Saint Genet, comédien et martyr), en faisant l’« exemplum » de sa philosophie existentialiste.
Ce livre déprimera profondément Genet et l’empêchera d’écrire, à ses propres dires[], pendant près de dix ans, tant sa « mécanique cérébrale y était décortiquée ».
Notre travail de recherche se divisera donc en 4chapitre : le premier chapitre dont le titre est “Pensée et vie de Jean Genet”, se concentre sur les différentes phases de la vie de Genet bien sûr celles qui ont rapport à notre recherche. En autre, ses procès politiques internationaux chez les palestiniens et les Panthères Noirs. La question qui nous viendra donc à l’esprit:
Quelle raison le pousse à se donner pour objectif de s’engager dans ces procès politiques et d’habiter comme les vagabonds?
Deuxième chapitre qui a comme titre “Je est un Autre” nous mène à nous informer sur la connaissance de soi et en conséquence rendre compte du “Je” de Genet et sa définition de Dieu d’après le regard existentialiste de Sartre qui considère le premier comme saint et martyr. La question qui nous préoccupe au fil de ce chapitre, c’est: le “Je” qu’exprime l’autre jour Rimbaud “est un Autre”, est-il bien Autre pour Genet? Au point de vue de Sartre que pourrait-il être le cogito de Genet?
“Existence et Autrui”, c’est le troisième chapitre dans lequel nous préciserons la philosophie de Sartre à l’égard de différents Êtres qui peuvent nous former, et l’influence d’Autrui et de la liberté sur l’existence. Nous chercherons à définir:
Comment est l’existence de Genet selon Sartre?
Au dernier chapitre dont le nom est “Être et Faire” nous aurons pour conviction d’étudier les effets des événements de l’enfance de Genet sur son Être futur. Ce qui résumera bien ses actions, autrement dit ses Faits qui le mènent à être criminel. Au fil de ce chapitre nous voudrions généralement répondre à la question ci-dessous:
Quelle est l’intention d’être et celle de faire de Genet d’après la philosophie existentialiste de Jean-Paul Sartre?

Ce qui m’a amené à étudier ce sujet est, d’une part pour savoir comment c’est possible de faire tant attention à un criminel et le considérer comme génie, et d’autre part, étant donné que je m’intéresse à l’existentialisme, surtout la philosophie de Sartre et son regard sur l’homme, il me semble attirant de chercher à étudier les différents points de vue des critiques sur Genet notamment Jean-Paul Sartre.
“Saint Genet, Comédien et Martyr”, c’est le nom du livre qui est l’un de ceux qui nous aideraient à répondre auxdites questions. Après avoir lu ledit livre j’étais affecté par la pensée et l’analyse de Sartre. Voilà pourquoi j’ai choisi” Jean Genet vu par Sartre” entant que thème de mon mémoire.
Pensée et vie de Jean Genet
Il serait convenable de jeter un coup d’œil sur la vie et la pensée de Genet, sur les différents thèmes qui l’entourent dans la vie.
Jean Genet est né à Paris le 19 décembre 1910. Son père est inconnu et sa mère l’abandonne à la naissance. Jean Genet est donc confié à une famille du Morvan, une région qui, au début du XXe siècle, est connue pour accueillir de nombreux enfants envoyés par l’Assistance publique. Grâce à sa famille adoptive, Jean Genet est aimé et choyé, et il étudie à l’école communale. Ces années d’enfance sont plutôt heureuse pour Genet. Il est bon élève (il obtiendra la meilleure note de sa commune au certificat d’études) et devient enfant de chœur. Cependant, sa timidité le rend parfois taciturne.
Jean Genet connaît son premier émoi envers le petit Lou Culafroy et d’autres hommes, plus âgés cette fois. Son premier vol est commis à 10 ans. Pour Genet, c’est un acte fondateur qui le conduit à revendiquer son asocialité.
A 13 ans, il fugue et est séparé de sa famille d’adoption pour suivre des cours de typographie. Après une nouvelle fugue, il est enfermé dans une colonie pénitentiaire de Mettray : il y découvre un univers brutal et viril, avec une hiérarchie prononcée et une nouvelle expression de ses attirances homosexuelles.
A 18 ans, Genet rejoint la Légion étrangère. Il voyage en Afrique du Nord, au Proche Orient, et est marqué par la vision de la masculinité qu’il y découvre. De retour en France, il vit de menus larcins, ce qui lui vaut quelques séjours en maison d’arrêt. Il commence alors à écrire ses premières poésies et ébauches romanesques. Genet est un homme perfectionniste, qui n’est jamais satisfait par ce qu’il écrit. Il compose, remanie, réécrit, rejette des parties de ses textes…
Ses premiers romans sont censurés à leur parution, car on les classe pornographiques ou choquants. Ils sont donc diffusés clandestinement. C’est le cas de Journal du voleur, ou de Miracle de la rose (en 1946).
Notre-Dame-des-Fleurs, pour sa part, évoque la nuit homosexuelle parisienne dans le Paris d’avant la guerre. En 1947, Pompes funèbres développe l’image d’Hitler… en version homo-érotique, soulignant ainsi les liens entre la violence nazie et les pulsions sexuelles.

En 1947 sont jouées Les Bonnes. L’ouvrage ne sera publié qu’en 1954. A cette époque déjà, Jean Genet est donc scandaleux ; mais sa provocation n’est pas gratuite. Elle cherche à faire réagir le lecteur, par exemple en le faisant prendre conscience de l’attraction pour le mal, ce qu’il fait juste après la guerre.
Cocteau comme Sartre voit en lui un moraliste ; Mauriac le décrit comme « excrémentiel ». Les deux premiers l’encensent et pensent que Genet est un génie. D’ailleurs, Cocteau va le sauver de la prison à perpétuité, et Sartre écrit Saint Genet, comédien et martyr.
L’ouvrage déprime Jean Genet et l’interrompt dans son écriture, tant, dit-il, « sa mécanique cérébrale y était décortiquée ». A cette époque, Jean Genet est donc très connu. Il évolue dans les cercles littéraires de Paris, où il croise Matisse, Sartre, Simone de Beauvoir…
En 1956 paraît Le Balcon. Il devient dramaturge et voit ses pièces adaptées par de grands metteurs en scène, tels que Roger Blin (Les Nègres en 1958, Les Paravents). Les pièces de Genet sont violentes, comme pouvaient l’être ses romans. Par exemple, il dénonce avec virulence les colonies françaises, alors que la France s’englue dans la guerre d’Algérie. Jean Genet est toujours plus engagé. Il commence un journal, Le Captif amoureux, qui est publié en 1986. Abdallah Bentaga, son compagnon, se suicide. Cela achève de déstabiliser Jean Genet, qui est déjà totalement perdu dans un quotidien de toxicomane.
Dans ses derniers temps, l’écrivain vit dans des chambres d’hôtel miteuses, et possède simplement une valise avec ses lettres et des manuscrits…
Atteint d’un cancer de la gorge, Genet fait une chute le 15 avril 1986, et décède dans la chambre d’un hôtel parisien, seul. Il est inhumé au Maroc, dans le cimetière de Larache.

La tragique inconscience
Il y a un vide qui existe dans ses œuvres. Sartre le remarque bien d’après les œuvres de Genet:
“Les paroles magnifiques qui célèbrent le criminel sont à double tranchant. La tragique inconscience de Notre-Dame, c’est aussi bien la plus profonde bêtise ; son impénétrabilité, ce n’est pas une massivité de l’âme, c’est un vide si total que rien ne le peut remplir. Le Dur est creux. Il n’y a rien en lui que le rêve vague et sot de paraître dur. Etre tragique, beau, noble, terrible, c’est dépendre sans recours de l’opinion d’autrui. Ce n’est pas pour rien que les héros de nos tragédiens sont des rois et des empereurs, ce n’est pas pour rien que Genet compare ses héros à des empereurs et à des rois. Et s’il nous les présente souvent comme des chefs militaires, c’est parce que, comme l’a dit Gide : « Le chef est un homme qui a besoin des autres. » Et n’est rien d’autre en effet que l’opinion que les autres ont de lui.”1

Définition de l’immigration
A l’époque de la deuxième guerre mondiale, l’un des phénomènes courants était l’immigration dont Genet a lui aussi, une définition:
“Provoquée surtout par le pillage des richesses naturelles des pays du tiers-monde, par l’appauvrissement des sols et des sous-sols, par le gaspillage du système colonial ou néocolonial, [elle] n’est plus actuellement que le recrutement, en France et dans toute l’Europe, d’une main-d’œuvre sous-payée qui n’a presque plus l’espoir de survivre.”2

Luxe et misère de la révolution
«Vous paraissez heureux ? La réponse était toujours la même : pourquoi pas ? » La révolution, précise alors Genet, est peut-être destinée à devenir « l’opposé de la tristesse ». Entre les révoltes algériennes et les révolutions noires et palestiniennes, c’est donc la métamorphose de Genet qui est en jeu. Pour les mouvements comme pour l’écrivain, tout commence par la nécessité de s’inventer une maturité, autrement dit de regarder ce qui vient. Même mythologique, la maturité de ces homes venus de partout n’est pas un rêve. Les gouvernants voient en leurs enfants des héritiers, les déshérités voient en leurs ancêtres des libérateurs. Découverte, création, invention : voilà le principe révolutionnaire des mouvements.

Violence et brutalité
En langage populaire, la violence désigne une utilisation excessive ou agressive de la force physique qui conduit à une relation de brutalité ou d’inhumanité envers l’autre. Mais réduire la violence à un comportement naturel et instinctif conduit à détruire toute notion de responsabilité humaine et, par conséquent, à excuser ceux qui pratiquent la violence. 
Platon est le premier philosophe occidental à mentionner la violence : il parle de la violence active, comme force de séduction qu’exercent les tyrans dans les esprits faibles, et de la violence réactive qui pousse parfois à la révolte par désespoir. En s’interrogeant sur ses origines, comme le fera plus tard Kant, il trouve que les véritables causes de la violence dans l’homme sont l’absence d’une conscience morale. La violence relève surtout d’une faiblesse de caractère et d’une recherche de confort. Si la violence n’est pas irrationnelle, ne provient pas d’une fatalité, alors on peut y faire face.
Pour expliquer la faiblesse de caractère et la recherche de confort, il faut s’intéresser aux deux mécanismes de réaction rapide et instinctive d’autoconservation de la personnalité, que sont l’agressivité et la lâcheté.

• L’agressivité
L’agressif est dominé par le désir de pouvoir, de toute puissance, afin de compenser un grave état de faiblesse intérieure. Il cherche à sortir de son confort pour se rendre encore plus fort et améliorer sa condition. Pour lui l’autre n’existe pas, seule sa propre image de tyran dominateur l’intéresse et c’est pour cela que l’assassin tue car il existe seulement à travers ses actes. Il ne voit plus ses crimes ni leurs conséquences. Il a déjà tué l’autre qui est en lui, son identité profonde, son Je Suis.
Sartre dit : «… l’autre se caractérise comme celui qui transcende ma transcendance, qui me donne une nature en me percevant comme un objet dans le monde, celui qui me pétrifie, celui qui peut voir le monde selon sa propre perspective, en synthèse, il est celui qui me vole le monde ou à travers lequel la situation m’échappe».3

• La lâcheté

La seconde réaction face à la violence est celle du lâche : quand on lui signale l’injustice, il ne la voit pas. Pour lui, tout ce qui arrive est normal et logique. Il ne s’afflige pas face à l’abandon du monde et proclame que l’homme a été, est et sera toujours violent ; il se vante même en affirmant que la violence permet de faire progresser les choses. Réagir lui réclamerait de sortir de son confort. 
L’agressif et le lâche s’opposent en apparence, mais, en réalité, s’engendrent et se légitiment tous deux. Il y a de la lâcheté dans l’agressivité, qui s’exprime en général par l’art de se donner bonne conscience en s’attaquant aux faibles ; il y a aussi de l’agressivité dans la lâcheté puisqu’elle est tacitement d’accord avec la violence qui se manifeste dans le monde. La pratique de la violence exacerbe l’égocentrisme et la séparabilité au niveau individuel et collectif. 
La violence nous oblige à découvrir qu’il y a un autre moyen de vivre la violence, en la dépassant, par l’acceptation du combat intérieur qui permet la naissance de la force morale, et nous accorde la clé du contrôle de nous-mêmes, pour éviter des réactions agressives ou lâches.

• La violence et le conflit
Toute forme de violence est inévitablement transformée en conflit, mais tout conflit se traduit-il en violence ? Depuis l’Antiquité, les philosophes ont montré que tout conflit n’est pas violence, bien que toute violence soit un conflit. Dans l’Etre et le néant, Jean-Paul Sartre dit:
“La haine est un échec. Puisque la mort de l’autre me transforme irrémédiablement en objet, en supprimant à travers l’autre tous les autres […] Pour sortir de la haine, la haine réclame de haïr la haine. Mais cette haine ne permet pas de sortir du cercle où elle s’est enfermée. La haine qui se condamne à être haïe pour sortir de la haine est l’expression du désespoir.”

Sartre met en évidence que la seule issue est de nous libérer de la haine, en reprenant indirectement la proposition philosophique du Bouddha dans le Dhammapada4 : la haine ne cesse pas avec la haine, la haine cesse avec l’amour, c’est-à-dire avec la capacité intérieure de sortir de la violence à travers le combat avec soi-même.

• Le « JE » menacé
Que fait l’autre ? Il menace le sujet dans son identité. L’image de soi est menacée, humiliée, dévalorisée, bafouée, l’amour-propre est blessé. Le facteur spécifique, privilégié susceptible de déclencher la violence, c’est cette menace d’effraction ou de désorganisation qui disqualifie le sujet et atteint si intensément le moi qu’il crée une blessure profonde ou blessure narcissique. Il y a un lien entre le risque vital mettant en cause l’identité du sujet et la violence qui le saisit comme réponse anticipée à la violence qui peut lui être infligée.
En considérant ce qui est cité au-dessus, nous verrons l’idée de Genet et Sartre sur la violence:
 “La violence se donne toujours comme n’ayant pas commencé, la première violence c’est toujours l’autre qui la commet.”, J.P. Sartre écrit.
Genet affirme : “[Je n’ai jamais commis de meurtre] probablement parce que j’ai écrit mes livres.” Et aussi pour être encore plus clair : “L’idée d’un assassinat peut être belle […], ou la révolte […], mais pas tellement le meurtre en lui-même.”5
La question de la violence est un souci du dernier Genet. Les termes demeurent identiques (violence, livre, soi), mais la façon de s’y rapporter change. Il interviendra trois fois à ce sujet. La seconde concerne aussi bien des questions relatives à la politique étrangère – la répression des Panthères en Amérique en est alors un exemple – que, et précisément pour cette raison qu’elle est étrangère, le rapport à soi : ainsi de la violence.
En bref, Genet est un intellectuel parce que, contre lui-même, il préfère le livre au meurtre. Il n’est pas un intellectuel, « un poète » si l’on veut, parce que son rapport à la violence comme cause étrangère est une manière de se rapporter à soi.
“Plus la brutalité sera grande, plus le procès infamant, plus la violence devient impérieuse et nécessaire.” Dans l’ordre de son langage, il invite à la nécessité de penser ensemble le monde, la violence et la parole. “Frayer un chemin.” L’expression recèle la possibilité de la sortie politique – “avec tout ce que cela implique de solitude, d’incompréhension, de violence intérieure.”6
L’archéologie du « concept de la violence » est première dans le vocabulaire de Genet. Il s’intéresse à la différence entre violence et brutalité, mais il a en vue leurs effets dans le vaste et terrible monde. La sortie politique, si elle est possible, ne peut se faire qu’à la condition de faire le lien entre les pointes du langage, de l’homme et du monde. La définition minimale lui vient à regarder vivre les Panthères noires de violence […] mais les Blancs américains ont été violents avec les Noirs pendant deux cents ans.
En 1971, le travail sur le vocabulaire n’est alors pas encore fait, mais la réalité revient, toujours la même. Il est amené à préciser son attaque : 
“Il y a de la violence partout dans le monde. La violence a une finalité, la brutalité n’en a pas, ou alors elle se détruit elle-même. A la brutalité des Blancs les Noirs ont opposé une violence qui est juste et bonne.”7
Ce n’est pas le dernier mot. L’opposition réapparait en 1973, il s’agit alors de la défense des Palestiniens :
“Par violence j’entends l’effort qui consiste à rompre avec le processus de repli sur soi qui empêche de vivre : l’éclatement des bourgeons, c’est de la violence ; la croissance des grains de blé, quand leurs pousses transpercent la surface de la terre, c’est aussi de la violence.”8

Déjà celle-ci s’oppose à son ombre : «  La brutalité est en fait incompatible avec la violence. » […] En 1977, il poursuit donc le travail. Il reprend la distinction ancienne :
“Le grain de blé qui germe et fend la terre gelée, le bec du poussin qui brise la coquille de l’œuf, la fécondation de la femme, la naissance d’un enfant relèvent d’accusation de violence. Et personne ne met en cause l’enfant, la femme, le poussin, le bourgeon, le grain de blé.”9

Il lui oppose la brutalité : « Le geste ou la gesticulation théâtrale qui mettent fin à la liberté. »10
En 1983, lors de l’entretien à Vienne, il se souvient :
” J’ai peur que vous ne fassiez la confusion entre les deux mots – une confusion que j’ai relevée il y a cinq ou six ans dans un article que j’ai publié dans le Monde sur la violence et la brutalité -, j’ai peur que vous confondiez violence et brutalité.”11

Aussitôt dit ce souvenir, il joint le geste à la parole :
“Je vais vous pousser. Ne soyez pas offensé. Je suis brutal… Si je suis brutal, simplement comme ça, par caprice ou par jeu, je peux être brutal. Ça ne mène à rien. Mais si je suis violent, c’est-à-dire quand une femme ou un homme élèvent un enfant, quand on lui apprend “A”, “B”, “C”, “D”, l’enfant pleurniche, l’enfant s’ennuie et la mère insiste, “A”, “B”, elle lui fait une violence, elle lui apprend quelque chose alors qu’il voudrait s’amuser. Mais c’est une bonne violence.”12

Voilà à la fois le dernier exemple et la première expérience, l’ABC de la violence de l’écrivain.

La femme
Dès son plus jeune âge la mère inconnue est un des principaux personnages de sa mythologie. Il l’adore et la hait, la couvre de caresse et cherche à l’avilir. […] Dans ses livres, la femme ne figure qu’à titre de mère : sauf pour les livrer à ses beaux assassins qui les massacrent distraitement, Genet ignore les jeunes filles ; au contraire, il peuple ses ouvrages de femmes coupables, dont les enfants sont morts et qui mènent un deuil triomphant. Et si parfois l’on y rencontre des amoureuses quadragénaires, ce sont des mères encore, des mères incestueuses et sacrilèges car elles se font besogner par de jeunes amants qui pourraient être leurs fils.13

Haine pour la France
Dans son récit Pompes funèbres, dont il achève la rédaction en 1945, publié clandestinement en 1947 : « Si l’on me disait que je risque la mort en refusant de crier : “Vive la France”, je le crierais doucement. […] Et s’il fallait que j’y croie, j’y croirais, puis aussitôt je mourrais de honte. »
“Je crois que finalement toute ma vie a été contre les règles blanches. [Les règles] des Blancs. Je veux dire que encore maintenant – j’ai soixante-douze ans, hein ! – je ne peux pas être électeur. Même si vous pensez que ça n’a pas d’importance, je ne fais pas partie des citoyens français. [Puis, aussitôt] : Tenez, quand Hitler a fichu une raclée aux Français, eh bien oui ! J’ai été heureux, j’ai été heureux de cette raclée. Oui, les Français ont été lâches. [L’académicien qui l’interroge lui demande ensuite si les camps d’extermination, c’était « marrant » aussi ?] D’abord, vraiment, je ne le savais pas. Mais il s’agit de la France, il ne s’agit pas du peuple allemand ou du peuple juif, ou des peuples communistes qui pouvaient être massacrés par Hitler. Il s’agissait de la correction donnée par l’armée allemande à l’armée française.”14

Puis il vient à parler des peuples arabes. Le vide puis le bonheur, le bonheur puis le vide : un moment de cette histoire a passé. A tous les énoncés politiques spectaculaires de Genet correspond une pétition au sujet de l’origine de l’écrivain : l’anacoluthe, soit la rupture syntaxique, est violente, qui juxtapose le nom de Hitler et une classe du Morvan, l’affirmation d’être noir et l’état d’orphelin. En petit dans la grammaire, en grand dans le vaste et terrible monde, la violence aperçue par lui demeure. La disposition de l’enfant trouvé est d’un même coup subjectif (ni père ni mère), politique (non-citoyenneté), historique (Hitler). Pupille de la nation, un temps voleur, l’écrivain est privé de droits civiques. Il n’est donc pas français à part entière. Il est étranger et le dire, comme il le fait, ce n’est pas ne rien dire, mais insister sur une réalité immédiatement politique. A l’école de la République, les enfants rient du poète chétif : privé de maison, privé de droits civiques, il est privé de nationalité. Etranger. Hitler vient venger cet affront politique de Genet, consécutif à l’exclamation des écoliers : ce n’est pas sa maison. La vie puis l’œuvre de l’écrivain tiennent entières dans cette conjonction entre une enfance aux conséquences politiques et une politique venue remplir ce vide de l’enfance.15

Influence De genet en littérature
Jean Genet, dans sa jeunesse, a été profondément inspiré par Les Nourritures terrestres d’André Gide, il a d’ailleurs cherché à rencontrer l’écrivain. C’est en partant de ce modèle qu’il a créé certains de ses personnages. La vie de Jean Genet — et sa mise en scène — telle que décrite notamment dans Le Journal du Voleur, où il se présente sous les traits d’un vagabond asocial et mystique, a servi d’inspiration aux auteurs de la beat génération. On le trouve cité dans l’œuvre de Charles Bukowski16, et de façon élogieuse dans la correspondance de Jack Kerouac17.
À propos de Charles Bukowski, Jean Genet avait déclaré que, pour lui, il était le plus grand poète américain ayant existé.

Procès politique et international de Genet

Genet se consacre aussi à des combats politiques. Il dénonce l’hypocrisie de la bourgeoisie française, participe à différents mouvements pointant la politique carcérale française, avec Michel Foucault et le Groupe d’information sur les prisons, et pour l’abolition des Quartier de haute sécurité. Il critique avec violence la politique coloniale, et prend aussi position sur le devant de la scène internationale. Ainsi, alors qu’on lui demande d’écrire une préface aux lettres de George Jackson (prisonnier noir, fondateur des Black Panthers18), il décide de partir aux États-Unis afin de rencontrer ces mêmes Black Panthers et de prendre publiquement position pour eux. Bien qu’interdit de séjour aux États-Unis, il y séjournera plusieurs mois. De même, il prend position pour les Palestiniens, rencontrant entre autres Yasser Arafat19 et Leïla Shahid20. En septembre 1982, il est le premier Européen à pénétrer dans Chatila21, après les massacres perpétrés par les milices chrétiennes). Il en tire un texte politique majeur Quatre heures à Chatila.
Après deux séjours de plusieurs mois en Palestine, il se lance dans la rédaction d’un journal intitulé Un captif amoureux, qui sera publié quelques mois après sa mort. Prenant la défense des Palestiniens, il demeure néanmoins lucide sur les intérêts croisés de l’Occident, mais aussi de l’URSS ou des pays arabes quant au maintien d’une guerre symbole dans cette région du monde. Ces propos antisionistes prennent par deux fois une coloration antisémite, qui, pour Sartre, est plus une posture qu’une réalité effective.
Sa défense de l’homosexualité, sa dénonciation des prisons, son soutien général aux mouvements anticolonialistes, son séjour aux États-Unis pour défendre les Black Panthers ou son double séjour en Palestine, font de Genet le saint défenseur des opprimés, le tribun des déshérités, rôle qu’il assumait sans en tirer de gloire et même sans difficulté car cette position était selon lui « naturelle ».

Panthères noires en Amérique
L’auteur des «Nègres» vient de passer plus de deux mois aux Etats-Unis avec les militants révolutionnaires du «Black Panther Party», a mentionné lui-même pourquoi il avait choisi de servir leur cause:
“Deux membres du «Black Panther Party» sont venus me voir à Paris et m’ont demandé ce que je pouvais faire pour les aider. Je crois que, dans leur esprit, il s’agissait de les aider à Paris mais j’ai dit: «Le plus simple c’est d’aller en Amérique.» Cette réponse m’a semblé les surprendre un peu. Ils m’ont dit: «Mais alors, venez. Quand voulez-vous ?» J’ai dit: «Demain.» Ils étaient encore plus étonnés mais, tout de suite, ils ont réagi: «Entendu, on viendra vous chercher.» C’est ainsi que je suis parti. Je n’avais d’ailleurs pas de visa. Je dois dire que ce qui m’a touché d’abord, ce n’est pas leur souci de recréer le monde. Bien sûr, ça viendra et je n’y suis pas insensible, mais ce qui m’a fait me sentir proche d’eux immédiatement, c’est la haine qu’ils portent au monde blanc, c’est leur souci de détruire une société, de la casser. Souci qui était le mien très jeune mais je ne pouvais pas changer le monde tout seul. Je ne pouvais que le pervertir, le corrompre un peu. Ce que j’ai tenté de faire par une corruption du langage, c’est-à-dire à l’intérieur de cette langue française qui a l’air d’être si noble, qui l’est peut-être d’ailleurs, on ne sait jamais. Au fond, si j’ai aidé les «Panthères», c’est parce qu’ils me l’ont demandé. Et puis les «Panthères» m’ont accepté tel que je suis. Il n’y a pas de moralisme rigide chez eux. Ils sont militants vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ils vivent au milieu de la haine.”22

Ce dont Genet était responsable, il en parle lui-même:
“J’allais de ville en ville, d’université en université, au service du B.P.P. pour parler de Bobby Seale23 et de l’aide au B.P.P. Ces conférences avaient deux buts: populariser le mouvement et ramasser de l’argent. J’ai été au Massachusetts Institute of Technology, à Yale, à Columbia, à Los Angeles, etc., les plus grandes universités ouvraient ainsi leur porte au B.P.P.”24

Palestiniens
En septembre 1982, Jean Genet, en compagnie de Leila Shahid, est le premier Européen à pénétrer dans le camp de réfugiés de Chatila après les massacres perpétrés par les milices chrétiennes, alliées de l’armée israélienne. Il en tire un texte témoignage majeur Quatre heures à Chatila.
Il parle lui, en 1970 et 1980 non pas de palestiniens mais de feydayin, de combattants. Après deux séjours de plusieurs mois en Palestine, il se lance dans la rédaction d’un journal intitulé Le Captif amoureux. Ce texte sera publié quelques mois après sa mort.
Prenant la défense des Palestiniens, Genet publia régulièrement des articles et tribunes – réunis chez Gallimard sous le titre de L’Ennemi déclaré – qui sont presque toujours de véritables brûlots.

“Toutes les nouvelles que je lisais sur les Palestiniens, fait remarquer Genet, m’étaient apportées par la presse occidentale ; depuis longtemps, le monde arabe était présenté comme l’ombre portée du monde chrétien ; et, dès mon arrivée en Jordanie, je me suis aperçu que les Palestiniens ne ressemblaient pas à l’image qu’on en donnait en France. Je me suis tout d’un coup trouvé dans la situation d’un aveugle à qui on vient de rendre la vue. Le monde arabe qui m’était familier, dès mon arrivée, me parut beaucoup plus proche qu’on ne l’écrivait.”25
Il s’intéresse aux palestiniens tellement qu’il se sent comme un palestinien : 
“Depuis que les routes étaient coupées, le téléphone silencieux, privé de communication avec le reste du monde, pour la première fois de ma vie je me sentis devenir palestinien et haïr Israël.”26

Cet itinéraire, qui l’écarte de la France et de l’Europe, est logique. “Il était tout à fait naturel, dit-il, que j’aille non seulement vers les plus défavorisés, mais vers ceux qui cristallisaient au plus haut point la haine de l’Occident.”
Je est un Autre
Pour beaucoup d’entre nous la réponse à la question “qui suis-je?” tient dans quelques opinions bien arrêtées : je suis Pierre A, Paul B. Un individu défini par sa culture, je suis mon corps, ou je suis mon rôle social et mon personnage. Pour d’autres, pour ceux qui sont méfiants vis à vis des réponses précédentes, le “qui suis-je ?” signifie d’avantage : je suis une personne avec ses qualités morales, une âme, un esprit, je suis un homme, je suis un caractère, un tempérament. Plus simple : je suis moi, je suis mon passé, etc. A chacune de ces définitions correspond une forme de connaissance de soi.  Que valent-elles?
Connaissance de soi
A. Complexité de la connaissance de soi

1) Dire “je suis un breton”, c’est se donner une identité par une définition culturelle. C’est marquer l’individualité qui me caractérise et m’identifier à une culture dont je suis fier, tout en m’opposant à d’autres. L’ennui, c’est que c’est une réponse très vague. Elle convient à des milliers d’autres êtres humains bretons comme moi. Elle définit seulement une appartenance de l’ego, une appartenance qu’il est à même de revendiquer. Ce n’est qu’une étiquette commode pour me faire valoir en me distinguant des autres peuples : les basques, les espagnols, les corses ou tout ce que vous voulez. C’est une identité qui n’est pas personnelle, mais collective. C’est aussi une figure de l’identité qui est fondée sur une fragmentation passablement conflictuelle.
2) Dire “je suis un élève de terminale”, ou “je suis un étudiant”, c’est aussi se donner une définition par le rôle auquel nous nous identifions. C’est une manière de mettre en avant mes droits, de me présenter devant un autre, de me distinguer de lui d’arborer une certaine identité. L’agent de police qui vous questionne vous demande vos « papiers d’identité » : “Et vous à l’arrière, vous êtes qui?” La réponse qui nous vient est de décliner notre nom et prénom. Je suis Anatole Dupuis. Mais le nom ne dit pas grand chose. C’est une étiquette posée pour identifier une personne. Il ne suffit pas de connaître son nom pour savoir qui on est ! Dire je suis “garçon de café”, “joueur de tennis”, musicien” ne m’en apprend rien. C’est une définition qui ne fait que préciser ce qui constitue mon travail, une de mes passions ou un de mes divertissements. Mais mon travail, mes passions, mes divertissements, ce n’est pas moi. Le travail me donne une identité, mais qui est aussi relative que mon appartenance à un peuple. Je peux m’identifier à ce que je fais, mais il reste que je ne suis pas ce que je fais. J’ai un travail, je ne suis pas mon travail. Je suis différent du personnage que les autres voient en moi et qui n’est pas moi. Le rôle m’appartient en tant qu’individu sur la scène du Monde. J’ai un rôle comme chacun en ce monde, mais je ne suis pas le rôle. Je joue un rôle, je ne suis pas le rôle. Je ne suis pas le personnage, mais par contre, se connaître soi-même, c’est sûrement être capable de regarder en face ce petit jeu par lequel je me prends pour un personnage. Ce jeu de l’identification de l’ego doit être vu et compris, car il permet de cerner l’activité du moi.

  3) Dire “je suis mon corps” est peut-être une définition plus intéressante. En tout cas elle est commune. Qui ne s’identifie pas à son corps ? Dire « je suis mon corps » suppose non pas que j’ai un corps, mais que je suis mon corps. La midinette qui passe une heure devant le miroir de la salle de bain à se regarder implicitement partage cette opinion. Ce qui lui importe, c’est de soigner son apparence : regardez moi, “moi”! Ce qui veut dire mon corps splendide, mon visage charmeur, ma démarche chaloupée ! Ne rions pas. Nous traversons cette crise de l’identité qui nous confronte avec l’image du corps. La plupart des adolescents se sentent complexés et vivent mal cette relation au corps. Si en effet je crois que je suis mon corps et que dans la glace je vois la disgrâce ou la difformité, je me dis “je suis laid” et je souffre dans mon cœur d’être un individu laid. Me comparant à d’autres j’ai honte de mon corps et j’envie ceux qui ont été mieux avantagés par la nature. S’identifier au corps, c’est constituer une image de soi par laquelle nous risquons de tomber dans le narcissisme (Narcisse tombant amoureux de son reflet dans le miroir de l’eau), la flatterie qui consume de prétention, ou à l’inverse tomber dans l’auto-négation, la honte de soi.
  L’image du corps n’est rien qu’une pensée qui enveloppe une représentation de ce que je suis. Elle ne tient que dans une attitude de conscience par l’identification à un objet, mon corps. Mais le sujet lui ? Qui est-il ? De même, tout ce qui relève des tests que l’on fait dans le sport ne concerne que l’évaluation de soi et non pas la connaissance de soi. Chercher la performance physique, c’est chercher une évaluation, ce n’est pas se connaître. Se connaître voudrait plutôt dire discerner exactement quel est l’équilibre que le moi entretient avec l’image du corps.  
 
4) Dire je suis « moi » avec ce fichu “caractère”, ce “tempérament” de cochon qui me caractérise par rapport aux autres, semble en apparence plus pertinent. Un individu actif et primaire se distingue nettement d’un individu passif et secondaire. Nous sommes psychologiquement très différents les uns des autres et c’est pourquoi il est vain de chercher un modèle universel de ce que nous devrions être ou pire de ce que les autres devraient être. C’est vouloir s’imposer une norme idéale et vouloir en imposer aux autres. Je suis ce que je suis. J’ai ma nature. Il est exact que la nature de chacun a une certaine constance dans la durée. On ne change pas facilement de caractère et encore moins de tempérament. Le tempérament est lié à la constitution physique, tandis que le caractère est un type psychologique. Cependant, si j’ai une constitution physique, puis-je dire que je suis une constitution physique ? Si j’ai un caractère, est ce que je suis le caractère ? D’autres que moi partagent les mêmes traits. Dire j’ai un caractère, c’est trahir le fait que le caractère est du côté de l’avoir, pas de l’être. Le caractère n’est pas moi, c’est le concept de caractère qui est seulement une classification commode pour m’appréhender moi sous quelques aspects relatifs à ma nature.
  
5) Dire que je suis une personne est-ce répondre à la question de savoir qui je suis? Une personne est un sujet moral qui possède une dignité éminente, dignité que ne possèdent pas les choses, qui elles ont seulement un prix. Être une personne, en avoir conscience, implique que j’exige des autres le respect qui m’est dû. Je ne suis pas un objet dont on peut faire ce que l’on veut, j’attends



قیمت: تومان

دسته بندی : پایان نامه ارشد

پاسخ دهید